PARTIE I

 « Bêtes : Ah, si les bêtes pouvaient parler ! Il y en a qui sont plus intelligentes que les hommes. »

 

Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues ou Catalogue des idées chic, Bègles, le Castor astral, 2015

 

Dans le Dictionnaire des idées reçues ou Catalogue des idées chic, Gustave Flaubert imagine que les bêtes sont plus intelligentes que les hommes. Sa façon de ne pas donner de qualificatif féminin ou masculin au terme produit une ambiguïté avec laquelle le lecteur doit se colleter.

 

Je garde cette idée en tête pour la conception du mémoire et décide d’orienter mon propos entre un point de vue anthropologique, analytique et descriptif et un point de vue bestial, dans le ressenti et l’intuition.

 

Si la démarche est maintenant expliquée, il est temps de prendre du poil de la bête.

 

08

03
LES BÊTES PROXIMIENNES

09

Dominique Quessada, La société de consommation de soi, Paris, Verticales, 1999.

 

Le titre décrit ce que Dominique Quessada définit comme autophagie : nous consommer nous-mêmes ; et la démonstration que fait le livre, c’est la confiscation du langage par les marques. Elles s’introduisent dans l’intime au travers d'une individualisation apparente de l'acte d'achat. Ainsi, elles assurent une fonction de reconnaissance sociale, c’est-à-dire d'identification à une collectivité ; l’homme se sent davantage rattaché à un groupe par ses valeurs de consommation, plutôt que par des fondements culturels ou politiques.

 

Le marketing direct (s'adresser directement à une personne), notamment par le biais du le « One to One » (publicité ciblée notamment sur internet) modifie le rapport aux autres pour créer des individus isolés socialement. En effet le marketing s'adresse avant tout à un individu radicalement séparé du collectif.

 

Par ailleurs, la communication institutionnelle entretient un « flou » volontaire entre communication et information. Ceci permet d’accroître la conviction du message, de lui donner une valeur objective voire scientifique. La pseudo-objectivité du langage, qui se présente souvent comme une parodie de message, cherche à convaincre son public que l'entreprise est mieux armée que l'État pour organiser la société, parce que plus performante pour transformer la réalité. Elle encourage donc la ploutocratie et s'immisce dans l’intimité de l’individu pour modifier sa conception du monde.

 

« Chaque homme qui accepte une marque montre qu’il en subit la tyrannie ; et l’acceptant, il ne peut faire autrement que soutenir et transmettre la tyrannie. Ainsi il la propage. Chaque homme arborant une marque se tient dans la servitude volontaire, et ne peut faire autrement que la transmettre. De ce point de vue, bien qu’à des degrés divers, tout porteur d’une marque fait aussi la publicité de la tyrannie. » (p.157)

12

10

François Brune, Le bonheur conforme, essai sur la normalisation publicitaire, Paris, Gallimard, 1985, nouvelle édition augmentée de 1981.

 

Le bonheur conforme démontre en quoi la publicité modèle les esprits et camoufle derrière la notion d’art l’idéologie de la consommation. Il détermine les mécanismes publicitaires dont la fonction est d’immerger les plus jeunes dans ce qu’il définit comme les « euphories de la consommation » sur fond de bonheur matériel et individuel. Enfin, ce livre fait l’explication par la plongée dans l'amas de signes audiovisuels de la manière dont la publicité anesthésie le mal-être du quotidien de chacun.

11

Myriam Roche, « Swiper fait de l’écran verrouillé du mobile un espace publicitaire », Frenchweb, 1 décembre 2016 (consulté le 1 décembre 2016)

 

Pour tout savoir sur ce projet sympa développé par des jeunes sympas et qui fera de la Terre un endroit encore plus sympa, cliquez sur la main de Mickey pour découvrir ce sublime article issu du web.

15

16

17

Naomi Klein, No logo, la tyrannie des marques, Arles, Actes Sud, 2001.

 

Jusqu’au début des années 1970, les logos des vêtements étaient généralement dissimulés, discrètement placés à l’intérieur du col. Naomi Klein explique comment, en moins d’un demi-siècle, la marque est devenue un curieux mélange de sponsoring culturel, une expérience de consommation de produits uniformes, quasiment impossibles à distinguer les uns des autres. En outre mais aussi, elle se révèle comme une intrusion dans une approche beaucoup plus organique de la construction d’images et, par là-même, des individus. Si les entreprises fabriquent des produits, ce sont les marques que les consommateurs achètent.

14

Voici une petite liste de concours improbables et de compétitions absurdes choisis selon plusieurs critères : l’inutilité, le sordide ou encore le côté obscène. Ces deux derniers critères révèlent une perversité intellectuelle ou morale. Je me demande alors si internet ne me renverraient pas inconsciemment par là même à des notions d'indécence et de voyeurisme.

 

Maxwell Finch, « Un concours de poulet-parmesan entre minorités sexuelles », Vice, avril 2012.
(consulté le 2 août 2016)

 

Ben Majoy, « Le pour et le contre du lancer de nains », Vice, novembre 2011. (consulté le 11 août 2016)

 

Attention les yeux, mais vraiment ; j’ai longuement hésité à vous montrer ce qui va suivre, puis, au terme d’une méditation sans relâche, je me suis dit que si ce genre de concours existe, il faut en tenir compte sociologiquement  :

« Your Dick Looks Great In Those Heels », en ligne (consulté le 2 septembre 2016)

Lars Von Trier, Les idiots, Zentropa, 1998.

 

« Vous êtes un complet idiot, et plus idiot que vous ne le pensez ».

« Un film par des idiots, sur des idiots, pour des idiots ».

 

Deux les devises d’une œuvre qui, par le biais de personnages qui passent leur temps à chercher leur « idiot intérieur » en libérant leurs inhibitions, dénonce le fait que la société dans son ensemble considère l’intelligence de ces individus de façon non créative et sans défis.

13

Carlo M. Cipolla, Les lois fondamentales de la stupidité humaine, trad. de l'anglais par Laurent Bury, Paris, Presses universitaires de France, 2012.

 

Les lois fondamentales de la stupidité humaine résolvent de manière pseudo-scientifique cette question que nous nous posons tous : Comment évaluer l’impact de la stupidité humaine sur nos destins personnels et sur l’ensemble de la société ?

Son propos n'est pas réactionnaire : il n'envisage pas de réintroduire des distinctions entre individus car il a rencontré des individus stupides partout : « on rencontre toujours le même pourcentage d'individus stupides, pourcentage qui (…) dépassera toujours vos attentes. »

04
RENCONTRE

DU SECOND TYPE

Le rapport du « soi » aux autres est souvent traité sous la thématique du « con ». « Qui est le con de qui ? » semble être la grande question commune ; l’humilité se propose alors d’en être la réponse.

 

Pierre Perret, « On est toujours le con de quelqu’un », Album Bercy Madeleine, 1992.

18

19

Georges Brassens, « Le temps ne fait rien à l’affaire », Album Les trompettes de la renommée, 1961.

Francis Veber, Le dîner de cons, Gaumont, EFVE et TF1 films production, 1998. (extrait)

20

21

Samuel Beckett, En attendant Godot, Paris, Editions de Minuit, 1952.

 

En attendant Godot narre l’histoire de deux personnages en train d’attendre un dieu, Godot, qui n’est pas présent dans la pièce. En plus de démontrer le vide que contient le langage, Beckett nous fait la démonstration du vide sur lequel se base le culte individuel et collectif.

05
LANGUE

Je choisis alors de m'intéresser à deux pièces emblématiques qui se complètent pour comprendre le lien de la stupidité au vide du langage.

 

Eugène Ionesco, La cantatrice chauve, Paris, Gallimard, 1998.

 

À travers sa pièce, Ionesco donne de nombreux messages critiques : les personnages sont incapables de se dire des vérités et d’avoir un dialogue vrai et profond. Tout n’est que politesse, le discours est policé et attendu, comme si l’homme était incapable de dialoguer en faisant preuve de sincérité et de profondeur. L’auteur s’amuse aussi par le choix des noms des personnages ; peut-être un prolongement,  une critique de la manière d’être similaires les uns avec les autres, du manque d’originalité des individus. Nous sommes tous, en quelque sorte, des Bobby Watson ou des Smith, des Martin ou des Dupont.

23

Eugène Ionesco, Les Chaises, édition présentée, établie et annotée par Michel Lioure, Paris, Gallimard, 1996.

 

La pièce Les Chaises, dont la majuscule du nom personnifie davantage encore ses protagonistes principaux - des centaines de chaises - va encore plus loin dans cette représentation du vide du langage et de l’idée. La scène, recouverte de chaises, est animée par deux personnages, des vieux, dont les dialogues ne trouvent aucune résonance l’un envers l’autre. Ionesco dit de cette œuvre, « Le thème de la pièce n’est pas le message, ni les échecs dans la vie, ni le désastre moral des vieux, mais bien les chaises, c’est-à-dire l’absence de personnes, l’absence de l’Empereur, l’absence de Dieu, l’absence de matière, l’irréalité du monde, le vide métaphysique. Le thème de la pièce c’est l’évanescence, le rien, un rien qui se fait entendre, se concrétise, comble de l’invraisemblance » (cité par Martin Esslin, Théâtre de l'absurde, trad. de l’anglais par Marguerite Buchet, Francine Del Pierre et Fance Franck, Paris, Buchet/Chastel, 1992, réédition de 1963).

22

24

Nicolas Santolaria, « Après le burn-out et le bore-out, voici le brown-out », M le mag, octobre 2016.
(consulté le 14 octobre 2016)

 

Trois termes qui traduisent significativement la même maladie : la dépression due à l'ennui au travail... Ces trois mots sont entrés consécutivement dans le langage courant, l’un laissant place à l’autre dans une temporalité qui ne dépasse pas les six mois : on peut parler ici de mode du langage. Cet article n’est pas choisi de manière anodine, vous comprendrez plus tard dans la bibliographie pourquoi.

06
SUPERS
NOMS

26

Émile Ajar, Pseudo, Paris, Mercure de France, 1976.

 

L’anonymat d’un pseudonyme est l’arme que convoque Romain Gary pour gagner un second prix Goncourt. Il rédige Pseudo, sous le nom d’Émile Ajar, et incarne le personnage de son petit cousin Paul Pavlowitch. Émile Ajar est interné à l'hôpital psychiatrique où il se laisse aller aux fantasmes d’une autre identité. Ce livre cherche à camoufler un peu plus le canular que Romain Gary a conçu en utilisant plusieurs noms. Pour lui, c’est l’autre qui est fou, il utilise donc le pseudonyme comme une forme d’imagination libre, comme l’asile de celui qui voudrait échapper à lui-même.

 

« Alors je deviens un python, une souris blanche, un chien, n'importe quoi pour prouver que je n'ai aucun rapport. D'où l'internement  thérapeutique, en vue de normalisation. Je persévère, je saute ailleurs, je me débine. Cendrier, coupe-papier, objet inanimé. N'importe quoi de non-coupable. Vous appelez ça folie, vous ? Pas moi. J'appelle ça légitime défense. » (p.57).

25

27

Si on lie le nom au vide, on peut aussi l’associer, dans le cas précis d’internet, à la question de l’identité : le nom, sous le masque du pseudonyme, camoufle et évite toute identification par le groupe. Rester anonyme permet à l’utilisateur de se détacher de son image et de modifier ses pratiques. Je vois donc un lien entre ce que critique Ionesco dans La cantatrice Chauve et la création d’un pseudo pour internet ; en devenant quelqu’un d’autre, l’individu se cache derrière la fausse image d’un paraître qu’il se fabrique pour berner les autres. Le pseudo permet de cacher son côté stupide et, de la sorte, le met en lumière, le rend plus évident. Ce qui, en soi, constitue un paradoxe.

 

Le premier site internet vient appuyer cette thèse (attention, grosse absence d’humour) :

 

Jack, « Draguer sur internet : créer un profil attirant sur un site de rencontres », Séduction efficace, octobre 2016.

(consulté le 14 octobre 2016)

 

07
DIALOGUES
BESTIAUX

28

Yona Friedman, L’humain expliqué aux extra-terrestres, Paris, Éditions de L’éclat, 2016.

 

Yona Friedman vient appuyer la théorie que j’amorce avec la lecture de l’Esquisse dans son chapitre « il y a le moi »
(p.702 à 711)

Jean-Paul Sartre, Esquisse d’une théorie des émotions. Psychologie, phénoménologie et psychologie phénoménologique de l’émotion, Hermann, Paris, 1938 (rééd. : Le Livre de poche, Paris, 2000).

 

En faisant la critique des théories psychologiques traditionnelles, Sartre définit l'émotion comme un mode d'existence de la conscience, c’est-à-dire qu’elle se détache d’un simple mécanisme affectif pour prendre corps dans la conscience même. Il vient à donner la main de l’auteur comme « l’instrument par quoi les mots se réalisent » (p.42). Dans ce cadre, je me demande si l’émotion n’est pas - en ayant à l’esprit que le corps est dirigé par la
conscience - un moyen de créer un univers de communication du ressenti. Je trouve ma réponse dans ce même texte : « Nous affirmons seulement que toutes - les six formes d’émotions qu’il a détaillées - reviennent à constituer un monde magique en utilisant notre corps comme moyen d’incantation. » (p.50)

29

Anne-Cécile Robert, « La stratégie de l’émotion », Le Monde Diplomatique, mars 2016. (consulté le 20 juillet 2016)

 

Pour aller un peu plus loin, je me demande si l’émotion n’est pas un moyen de communication qui enlève toute compréhension et esprit d’analyse pour ne laisser place qu’au ressenti et à l’affect. L’émotion mobiliserait-elle et développerait-elle notre stupidité ? Ce que je découvre avec cet article, c’est que l’émotion est tout cela, mais bien plus encore : il s’agit d’un outil utilisé à tour de bras par la sphère politico-médiatique pour maîtriser les consciences.

30

La futilité de cette enquête est à noter. J’en profite donc pour vous orienter vers ce site qui recense toutes les études dépourvues d’utilité ; leur nombre témoigne aussi du succès des recherches stupides :

 

Agnès Millet et Morgane Tual, Études à la con,
(consulté le 15 septembre 2016)

MACQUARIE University, « Attraction lies in face-tilt angle » (article anglophone), Science Alert, novembre 2010. (consulté le 03 août 2016)

 

Après des années de recherche sur les comportements hommes et femmes, les Docteurs Darren Burke et Danielle Sulikowski, chercheurs à l’Université de Newcastle, ont déterminé qu’une simple inclination de la tête suffirait à séduire le sexe opposé. Si ceci n’est qu’un exemple, il semble confirmer que la communication - de son envie de l’autre ici - n’aurait aucunement besoin du support du langage.

31

08
DERNIÈRES
PENSÉES

33

Eugène Ionesco, Le Roi se meurt, Paris, Gallimard, 1986.

 

Ionesco répond à mes interrogations au travers du roi Béranger dont le royaume, touché par un cataclysme étrange, se détériore en même temps que l’affaiblissement de ce personnage atteint de maladie. Le roi perd peu à peu du pouvoir, tout se dérègle et meurt lentement, les hommes comme les plantes ; l’espace se rétrécit, la scène se délabre comme son corps malade. Les choses disparaissent à mesure qu’il ne peut plus en jouir. L’état de santé du roi ne cesse d’empirer. Tout va alors s’évanouir de façon concomitante, lentement. « Il était comme un de ces voyageurs qui s'attardent dans les auberges en oubliant que le but du voyage n'est pas l'auberge. » donne ainsi la réflexion sur la futilité de possession du matériel, quand l’homme devrait se concentrer sur des choses plus essentielles.

Je me demande, en réfléchissant à la notion d’individualité, quelle est l’influence de la mort sur la stupidité. La question du regard que porte l’individu sur sa vie, semble pertinente pour éclairer le problème posé.

 

 

 

 

 

Albert Camus, Le mythe de Sisyphe, Paris, Gallimard, 1990.

 

« Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie » (p.17-18) Comment peut-on exister si l’on ne se sent pas utile ? Sommes-nous dénués de sens ou de signification ? Comment, dans cette perspective créer du sens ? Le Mythe de Sisyphe répond cette question : considérant le sort de Sisyphe, condamné à pousser une pierre au sommet d’une montagne tous les jours, laquelle retombe chaque nuit, il est facile de déclarer l’existence de l’homme comme absurde et sans espoir. Sisyphe pourrait préférer la mort : Albert Camus va nous démontrer par ce mythe que ce n’est pas forcément le cas.

32

Fernando Arrabal, La pierre de la Folie, Paris, Christian Bourgeois, 1970

35

Jérôme Bosch, L'Extraction de la pierre de folie, Huile sur panneau, 48 × 35 cm, 1494, musée du Prado, Madrid.

 

Dans la croyance médiévale, la folie, symbolisée par une pierre dans la tête, disparaissait au moment où elle en était extraite. Guérir la folie signifiait donc la nécessité d’extirpation de ce corps minéral : la pratique d’opération se voulait alors légitime - il s’agissait en fait d’un remède de charlatan. Le médecin que représente Jérôme Bosch n’extrait non pas une pierre de la tête du malade, mais une plante - similaire à celle déposée sur la table. Cet objet révèle donc au spectateur une supercherie.

L’allégorie dénonce la naïveté, se moque de la bêtise humaine, et dénonce la tromperie que subissent les malades. Un portrait noir et cinglant de la période médiévale.

09
ANATOMIE
CÉRÉBRALE
DE LA BÊTE

34

36

André Breton, Anthologie de l’humour noir, Paris,
Librairie Générale Française, 1998.

 

Le tableau de Jérôme Bosch m’amène à orienter ma recherche sur l’humour noir. C’est donc tout naturellement que je me plonge dans cette Anthologie.

Dans sa préface, André Breton revient sur l’analyse freudienne de l’humour par une citation : « Il serait temps, dit Freud, de nous familiariser avec certaines caractéristiques de l’humour. L’humour a non seulement quelque chose de libérateur, analogue en cela à l’esprit du comique, mais encore quelque chose de sublime et d’élevé, traits qui ne se retrouvent pas dans ces deux ordres d’acquisition du plaisir par une activité intellectuelle. Le sublime tient évidemment d’une invulnérabilité du moi qui s’affirme victorieusement. Le moi refuse à se laisser entamer, à se laisser imposer la souffrance par les réalités extérieures, il se refuse à admettre que les traumatismes du monde extérieur puissent le toucher ; bien plus, il fait voir qu’ils peuvent même lui devenir occasions de plaisir » (p.15) André Breton définira ensuite l’humour en ces termes « il est par excellence l’ennemi mortel de la sentimentalité à l’air perpétuellement aux abois. »

L’humour permettrait donc une libération du soi sentimental et le rendrait invulnérable. Il constitue alors un raisonnement de résistance.

 

37

Jean Michel Ribes, Par-delà les marronniers, scénographie de Sophie Perez, Théâtre du Rond-Point, Paris, 14 mars 2016 au 24 avril 2016.

 

« Par-delà les marronniers est avant tout le désir de saluer, aujourd’hui encore plus qu’hier, l’insolence d’être, la liberté de la différence et de fuir en riant les horizons de papier et la morale des gens qui savent. » Voici la préface d’une pièce qui met en scène trois protagonistes tirés de l’Anthologie de l’humour noir, à savoir Arthur Cravan, Jacques Vaché et Jacques Rigaut. Élaborée en réaction aux attentats de Charlie Hebdo, Jean-Michel Ribes fait vivre l’humour noir à travers le rire.

38

Jean-Michel Ribes, Du rire de résistance : de Diogène à Charlie Hebdo, Paris, Théâtre du Rond-Point, Beaux Arts éd., 2007.

 

Je nourris mes références de l’humour à message politique avec Du rire de Résistance. Le recueil retrace toute l’histoire et les grandes figures du rire sous la forme d’un abécédaire. Ce que nous démontre ici Jean-Michel Ribes, c’est que l’ironie semble avoir un certain succès pour faire bouger les consciences.

40

Henri Bergson, Le rire, présentation, notes, dossier, chronologie, bibliographie par Daniel Grojnowski et Henri Scepi, édition établie sous la direction de Paul-Antoine Miquel, Paris, Flammarion, 2013.

 

Bergson fait une description dans Le rire de l’ensemble des mécanismes qui provoquent le rire chez l’homme. Selon lui, rompre le poids des habitudes de la vie par le rire, c’est faire une démonstration de la barbarie interne, et permettre une affirmation de soi. Cette dernière lecture me permet enfin de confirmer que le rire, qu’il soit dû à l’humour noir ou à une fracture imprévue de la temporalité, est un remède au mal-être causé par le monde extérieur ; il rend l’homme invulnérable.

 

39

Jean-Yves Jouannais, L’idiotie, art, vie,
politique - méthode
, Paris, Beaux Arts Magazine / Livres, 2003.

 

Je découvre en parallèle cette œuvre incontournable de Jean-Yves Jouannais qui donne, au travers d’un essai, les représentations de l’idiotie dans l’art depuis le 18e siècle.

 

Si l’idiotie artistique ne cherche pas toujours à provoquer le rire, la multiplication de ces manifestations dans l’art n’en est pas moins une représentation de la société contemporaine.