PARTIE III

Noam Chomsky, Un monde complètement surréel, Montréal (Québec), Lux, 2012.

 

« Les faiseurs d’images savent également que le gouvernement n’a pas du tout l’intention de résoudre les problèmes des gens ordinaires ; toute mesure décisive dans ce sens étant exclue puisqu’elle nuirait aux privilèges des électeurs primaires. Pour la haute direction des corporations transnationales ainsi que pour les professionnels liés aux structures du pouvoir et les autres privilégiés, il faut que le monde soit discipliné, que les industries de pointe reçoivent de généreuses subventions gouvernementales et que la sécurité des riches soit assurée. Peu importe si les systèmes de santé et d’éducation publics se dété-riorent, si une population « inutile » pourrit dans les taudis et les prisons et si la société est, pour la plupart des gens, invivable. Autrement dit, le gouvernement conforme sa ligne de conduite à celle de ses prédécesseurs.

 

Il devient nécessaire, dans un tel contexte, d’effrayer le public et de détourner son attention. L’effondrement des communautés urbaines a des conséquences qui effraient beaucoup de gens. Dans une société dépolitisée, où les ressources vont de plus en plus aux classes privilégiées et ou plusieurs ne voient pas de solution, beaucoup se réjouiront des sévères coups de fouets donnés à ceux par lesquels ils se sentent menacés. » (p.44-45)

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RAPPORT DE POUVOIR INTERBESTIAL

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Ray Bradbury, Fahrenheit 451, Gallimard, 1995. (première édition en France en 1955 aux éditions Denoël)

 

Bienvenue dans un univers ou les brigades de pompiers sont destinées à brûler les livres, à travers une société guidée par la consommation et la culture de masse.

 

« Le téléviseur est "réel". Il est là, il a de la dimension. Il vous dit quoi penser, vous le hurle à la figure. Il doit avoir raison, tant il paraît avoir raison. Il vous précipite si vite vers ses propres conclusions que votre esprit n'a pas le temps de se récrier : "Quelle idiotie !" » (p. 116)

 

Quels sont les effets de cette idiotie sur la société ? Le tragique s’annonce :

 

« Un livre est un fusil chargé dans la maison d’à côté. Brûlons-le. ­Déchargeons l’arme. Battons en brèche l’esprit humain. Qui sait qui pourrait être la cible de l’homme cultivé ? » (p.87)

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Pierre Bourdieu, La distinction : critique sociale du jugement, Paris, Les éditions de minuit, 1979.

 

Lire la fiction pour avoir l’analyse directe de la théorie que met ici en forme Pierre Bourdieu.

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Bernard Lahire, La culture des individus, Paris, Éditions La Découverte, 2004.

 

La culture des individus fait une analyse sociologique sur les pratiques culturelles dans les sociétés occidentales et s’interroge sur les caractérisations d’appartenance de la personne. La conclusion fait ensuite la synthèse de cette ouvrage et débute une réflexion sur les symboles qui spécifient les styles de vie. (Attention, le livre est vraiment très lourd, 800 pages vous aurez besoin d’une sérieuse dose de motivation pour tout saisir, je vous conseille de vous attarder surtout sur la conclusion).

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Hugo Kreit, Grotesque, Mémoire de fin d’études sous la direction de Marie-Claire Sellier-Carrère, ENSCI-Les Ateliers, Paris, 2016.

 

Je continue la théorie que je commence à amorcer dans La culture des Individus et m’intéresse à la question des contres-cultures, notamment de leur rapport au goût. On me conseille ce mémoire. J’y comprends le traitement de cette question dans l’histoire de la philosophie, et je retrouve Pierre Bourdieu. Le passage « la culture est une affaire d’élite » (p.68-70) se conclu par une phrase qui me laisse méditative :
« L’animalité humaine que s’amuse à caricaturer le grotesque n’a pas l’objectif du plaisir immédiat, criard et unanime. Sans totalement faire la censure de l’expressivité, le grotesque ménage une distance envers l’idiot qu’il méprise. Le grotesque est exclusif et s’il discute du populaire, il ne s’y adresse pas. » La contre-culture serait-elle aussi une affaire d’élite ?

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SE LAVER LE CERVEAU
SOI-MËME

Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues ou Catalogue des idées chic, Bègles, le Castor astral, 2015.

 

« Publicité : Source de fortune »

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Jérôme Garcin (dir.), Nouvelles Mythologies, Paris, Points, 2007.

 

Les nouvelles Mythologies établissent un questionnement sur les objets de la vie quotidienne et les clichés sociaux contemporains. 57 auteurs établissent chacun le portrait d’un objet. Ici, comme chez Barthes, l’objet de la mythologie n’est pas forcément un objet physique : il peut aussi être un événement (11 septembre 2001…) ou un fait social (les 35h). Tous les thèmes abordés traitent du banal : ils sont de l’ordre du commun, rentrés dans la mémoire collective, mais surtout dans le quotidien de chacun, et la plupart de ces textes expliquent pourquoi. Je me demande si le banal ne faciliterait pas l’aliénation de tous, et si les objets de ces mythologies ne seraient pas les supports de cette facilitation.

 

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Jean Baudrillard, La société de consommation, Paris, Denoël, 1970.

 

La société de consommation analyse les sociétés occidentales contemporaines en se concentrant sur le phénomène de la consommation des objets.

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ECONOMIE

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François Ruffin interroge Richard Wilkinson, « L’égalité c’est la santé » (et l’amour aussi), Amiens, Fakir Éditions, 2015.

 

Ce texte démontre, à travers des valeurs économiques expliquées par l'épidémiologiste Richard Wilkinson, comment la répartition de la richesse guide la santé d’une société, que celle-ci soit riche ou pauvre.

La rédaction, « Un PDG regrette de ne pas avoir licencié après des bénéfices records », Le Gorafi, 30 novembre 2016 (consulté le 30 novembre 2016)

 

Article humoristique qui valait bien sa place dans cette bibliographie de pépites.

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POLITIQUE

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Alfred Jarry, Ubu Roi, Paris, Librio, 2013.

 

Si l’on arrive dans la sphère du politique, je cherche surtout une figure qui pourrait être la métaphore de ses représentants. Le père Ubu me paraît faire la critique de l’idiotie des instances au pouvoir : il ne poursuit que son propre bénéfice et son bonheur personnel. Ce dernier sera toujours d’ordre physique : boire et manger, prendre toute la place disponible, priver les autres d’espace afin d’en avoir plus pour lui. Le père Ubu est sans gêne aucune.

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Antonin Peretjatko, La loi de la jungle, Rectangle Productions, France 3 Cinéma, Orange studio, 2016.

 

Film à voir absolument, La loi de la jungle est un film qui critique, avec ironie, la politique française au travers de l’histoire de Marc Châtaigne, 32 ans, stagiaire au Ministère de la Norme. Le monde du travail français apparaît comme un véritable champ de bataille, commandé par des politiques déconnectés du réel.

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Christian Salmon, « Une machine à fabriquer des histoires », Le Monde diplomatique, novembre 2006. (consulté le 2 août 2016)

 

Voici comment le storytelling est devenu l’arme la plus forte pour prendre le pouvoir d’une des nations les plus puissantes du monde. William Clinton voyait juste.

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Raphaëlle Besse Desmoulières, Matthieu Goar et Olivier Faye, « Les politiques à l’heure de l’hypercommunication personnelle », Le monde, 27 février 2016 (consulté le 30 septembre 2016)

 

Et il y a bien, pourtant, des politiques qui montrent une image de « connexion au réel » en répondant directement aux questions posées pas leur public, le comique de la situation étant qu’ils le font via des outils connectés par le numérique.

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Diogène Junior, « Dix stratégies de manipulation des masses », Médiapart, 25 octobre 2010. (consulté le 10 mai 2016)

 

Cet article énonce les dix stratégies avec lesquelles les médias manipulent « les masses », c’est-à-dire les heureux propriétaires de télévisions. Attention cependant : si le journaliste attribue la paternité de la rédaction de ces règles à Noam Chomsky, quelques recherches m’ont laissé croire que ce n’était pas le cas.

À propos de la liberté d'expression, puisque c’est de sa répression dont il s’agit dans les dix règles, voici une petite leçon par Noam Chomsky :

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SURPOLITIQUE

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Yannick Kergoat et Gilles Balbastre, Les nouveaux chiens de garde, production Jacques Kirsner, 2011

 

Le film, comme le livre, explore les liens entre les médias français et le pouvoir politique. Il révèle comment l’un asservit l’autre.

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Louis Mallié, « Le foot est populaire parce-que la stupidité est populaire », 25 juin 2014, (consulté le 4 août 2016)

 

Voici comment je découvre Jorge Luis Borges : un article de pro-foot qui qualifie ses propos d’amusants - personnellement, je n’ai toujours pas trouvé le comique là-dedans.

« Le nationalisme n'autorise que les affirmations. Toute doctrine se débarrassant du doute ou de la négation, est une forme de fanatisme, et de stupidité ». Le foot serait donc l’indicateur de la stupidité d’une population. Le terme de « fanatisme » n’est pas anodin : c’est l’état d'esprit de celui qui se croit inspiré par la Divinité, le Footballeur, et qui vivrait un attachement passionné pour cette doctrine conduisant à l'intolérance et souvent à la violence.

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Diego Borinsky, Argentine. Maradona fait concurrence à Dieu, Courrier International, 22 septembre 2007 (consulté le 3 septembre 2016)

 

Un autre petit détour en Argentine (puisque Jorges Luis Borges est Argentin) pour découvrir l’Église Maradonienne, religion fondée par des admirateurs de ce footballeur emblématique.

 

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COMBAT

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CULTE

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Abraham Moles, Psychologie du Kitsch : L’art du bonheur, Paris, Éditions
Denoël - Gonthier, 1977, Bibliothèque Médiations (n°144).

 

« - Sécurité vis-à-vis des aléas du monde extérieur qui se propose comme une valeur idéale

 

- Affirmation de soi-même, absence de mise en question d’un mode de vie ou d’un système économique basés sur l’accumulation créatrice et sur la conservation, qu’il agisse de capital, de marchandises, de grand magasins ou d’objets ;

 

- Système possessif comme valeur essentielle où l’être est ce qu’il paraît et paraît par ses possessions : grandeur de l’appartement, hauteur des plafonds, ou argenterie.

 

- Gemütlichkeit liée à l’âme et/ou cœur, confort du cœur, intimité agréable et affectueuse, vertus de se sentir à l’aise, cosyness de la civilisation anglo-saxonne ;

 

- rituel d’un mode de vie, le thé, […] ces riches transmis jusqu’à notre époque, et constituants de la bourgeoisie, par imitation des grands, dans une première diffusion de masse qui s’arrête au mur qui sépare le bourgeois de l’ouvrier, laissant ce dernier en dehors. Ce sera l’accomplissement du 20e siècle que de conquérir ce dernier à ce mode de vie, ou bien plutôt, de le séduire par ce mode de vie. » (p.83)

François Jost, Le culte du Banal, Paris, CNRS éditions, 2013.

 

Il y a de nombreuses façons de rendre tangible l’arrivée du culte du banal. Cet essai analyse l’ensemble des champs qui en sont les témoins : l’art, la philosophie, la littérature ou encore la sociologie. Le banal, c’est le quotidien qui s’impose comme spectaculaire, c’est la mise en lumière de ce qui est commun, c’est qui n’a pas de singularité et s’en vante, c’est monsieur Tout-Le-Monde qui devient la star d’un quart d’heure.